Nuits D’Afrique: Tabou Combo, l’authentique compagnie créole

tabou combo performing

21 juillet 2014 | Yves Bernard –  

Il n’y a pas si longtemps, le konpa haïtien faisait figure de négligé dans le large spectre des musiques dites «du monde»: d’un côté les réseaux de la world ou des musiques traditionnelles, de l’autre, certaines musiques populaires jugées trop commerciales pour accepter le qualificatif de «culturel». Mais les temps changent et dimanche soir, Tabou Combo, la légende à danser, offrait le spectacle de clôture des 28e Nuits d’Afrique lors de sa première participation au festival.

Ses membres sont les maîtres de l’ambiance et l’âme de tout un peuple. D’ailleurs, plusieurs haïtiano montréalais de plusieurs générations s’étaient donné rendez-vous pour acclamer, ou plutôt pour participer très activement à la fête de leur groupe préféré. Les musiciens arrivent à 13 tout de blanc vêtu, lancent deux notes et c’est parti : on danse et on danse encore. Près de la scène, l’air est raréfié et la foule est compacte. En arrière, on peut respirer davantage.

La batterie découpe le rythme de façon très directe et le funk est au fond de la musique. Trois chanteurs se placent en avant et les trois cuivres s’élancent. Tout devient super mélodique, le clavier tournoie et la guitare sonne comme une douce allégorie. On sort la clave à l’antillaise, puis la six cordes se donne presque des airs de soukous congolais. La soirée est gagnée, la bonne humeur est installée et l’ambiance va perdurer jusqu’à la fin.

Bain haïtien

Le groupe entame Baissez Bas. Le rythme est enflammé, mais le refrain est livré en douce pendant que tout le monde saute énergiquement. Les punks n’ont rien inventé à ce niveau. La basse devient funky et la batterie carrée. Tabou Combo fut d’abord un groupe de scène et avec le temps, il a conservé plusieurs sonorités plus brutes. On poursuit. Les gens finissent les phrases et complètent le rythme les mains en l’air. En avant, nous nageons dans un bain haïtien et c’est très bien ainsi. L’ambiance est parfaitement bon enfant.

Le groupe enchaine avec Pi gwo pi long. Il fera d’ailleurs surtout des classiques. À titre d’exemple, la moitié du répertoire du concert se retrouve sur le disque du trentième anniversaire, réalisé il y a une quinzaine d’années. Le groove devient plus chaloupé et on lance les refrains avec une telle allégresse. Un cri d’un chanteur est lancé et la foule répond.

«Chers amis, je dois vous parler dans la langue de Dessalines»,  dit Shoubou, chanteur principal et légende vivante. On relance avec un rap sur du funk et des harmonies vocales construites avec le public. On met la table pour New York City, super hit de Tabou. Les «Oh oh, oh oh oh oh», résonnent comme un cri paisible et enjoué, puis préfigurent une note plus politique avec l’interprétation sur un rythme de rumba congolaise d’indépendance cha cha, hymne à la liberté s’il en est un. Shoubou s’adresse à Patrice Lumumba et à Nelson Mandela pour les remercier. On est loin de l’époque où plusieurs associaient le konpa à la dictature duvaliériste.

Les introductions des pièces vont parfois au-delà du konpa, mais c’est alors la guitare qui ramène souvent au genre. Parfois on ralentit le rythme qui devient comme une valse. On arrête aussi très souvent la musique, le temps de démarrer l’interaction avec le public. La section rythmique, composée de la batterie, des congas et des bongos en plus de la basse, est efficace et soutient alors le tempo. Tout se tient, sauf ce malentendu à la fin, alors que le groupe refuse d’abord un rappel à regret avant de démarrer tout de même la dernière pièce de la soirée. Les gens sortent néanmoins du site bras dessus bras dessous.

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